Un Poste à Madagascar
chapitre 10📝 747 mots👁 20 vues

Epilogue

Les semaines suivantes à Antananarivo se sont déroulées dans une sorte de brouillard. Je travaillais, je voyais Ennemiah, parfois seule, parfois avec sa famille. Mais tout semblait lointain, comme si j’observais ma propre vie à travers une vitre embuée. Les nuits à Ambatolampy revenaient sans cesse dans mes pensées, surtout celle-là, la dernière, où tout avait basculé. Je me surprenais à analyser chaque sensation, chaque émotion. Était-ce réel ? Ou bien mon esprit, épuisé par la distance, la chaleur, la culpabilité, avait-il inventé cette transgression absolue ?

Je n’en parlais à personne. Pas même à Ennemiah, qui continuait à me regarder avec la même tendresse possessive, comme si cette nuit n’avait été qu’un épisode naturel de notre histoire. Lala m’embrassait sur les joues avec une chaleur accrue, Tahina me serrait la main un peu plus fort. Et moi, je souriais, je jouais le jeu, mais intérieurement je me débattais.

Fin janvier, le siège m’a rappelé à Paris. La filiale était sur de bons rails, les recrutements avancés, le lancement prévu pour le printemps. Trois mois avaient filé comme un rêve – ou un cauchemar, je ne savais plus.

L’avion du retour a décollé d’Ivato un matin gris. J’ai regardé Antananarivo rapetisser par le hublot, les toits rouges, les collines, les rizières. Ennemiah m’avait accompagné jusqu’à l’aéroport. Elle m’avait embrassé longuement derrière une colonne, les larmes aux yeux.

« Tu reviendras, hein ? » avait-elle murmuré.

J’avais promis. Sans savoir si je tiendrais parole.

Onze heures plus tard, j’atterrissais à Roissy sous un ciel bas et froid. Ma femme m’attendait derrière les portes, comme trois mois plus tôt, mais cette fois c’est moi qui arrivais. Elle m’a sauté au cou, m’a serré fort, m’a embrassé comme si j’avais été absent des années. Ses cheveux sentaient le même shampoing qu’avant, sa peau le même parfum discret. Tout était familier, rassurant, réel.

Dans la voiture sur l’autoroute, elle parlait sans arrêt : les enfants, la maison, les voisins, le froid inhabituel de cet hiver. Je hochais la tête, souriais, posais des questions. Mais intérieurement, j’étais ailleurs. Je regardais ses mains sur le volant, ses lèvres qui bougeaient, et je me demandais si tout ce que j’avais vécu à Madagascar n’avait été qu’un songe trop vif.

Les jours suivants ont renforcé ce doute. Le jetlag, la routine qui reprenait, le bureau parisien, les réunions en français, le métro bondé. Rien ne semblait avoir changé. Sauf moi.

Et puis, le soir où nous nous sommes retrouvés seuls dans notre chambre.

Elle avait préparé un dîner simple, mis une robe qu’elle savait que j’aimais, allumé des bougies. Nous avons bu du vin, ri de souvenirs anciens. Quand nous sommes montés, elle m’a pris dans ses bras avec une tendresse infinie.

« Tu m’as tellement manqué, » a-t-elle murmuré en m’embrassant.

Je l’ai embrassée en retour, plus fort, plus longtemps que d’habitude. Mes mains ont retrouvé son corps comme on retrouve un chemin connu, mais avec une urgence nouvelle, presque violente. Je l’ai déshabillée lentement, redécouvrant sa peau plus claire, plus douce que celle d’Ennemiah, ses formes plus rondes, plus mûres. Elle a gémi quand je l’ai caressée, surprise par mon ardeur.

Je l’ai prise comme jamais auparavant.

Pas avec la tendresse habituelle des vieux couples, mais avec une passion brute, animale. Je l’ai plaquée contre le mur d’abord, puis sur le lit, l’ai pénétrée profondément, sans attendre, comme si je voulais effacer tout le reste. Elle haletait, s’accrochait à moi, surprise et excitée à la fois.

« Qu’est-ce qui t’arrive ? » a-t-elle soufflé entre deux gémissements.

Je n’ai pas répondu. Je la baisais plus fort, plus vite, mes mains partout sur elle, ma bouche sur ses seins, son cou, ses lèvres. Je la retournais, la prenais par derrière, chose que nous faisions rarement. Elle criait presque, ses ongles dans mon dos. Quand elle a joui, fort, longtemps, son corps tremblant sous le mien, j’ai continué, insatiable.

Et quand mon tour est venu, ce fut violent, libérateur. Je me suis vidé en elle avec un râle que je n’ai pas pu retenir, comme si je chassais des démons.

Après, nous sommes restés enlacés, en sueur, essoufflés. Elle a caressé mon visage, un sourire émerveillé aux lèvres.

« Waouh… si les missions à Madagascar te font cet effet-là, tu peux y retourner quand tu veux. »

J’ai ri, un rire un peu forcé. Elle s’est endormie contre moi, paisible.

Moi, je suis resté éveillé longtemps.

Je regardais le plafond de notre chambre, si différent de celui d’Ambatolampy ou de la résidence à Tana.

Je ne savais toujours pas si j’avais rêvé.

Ou si j’étais simplement devenu quelqu’un d’autre.